L’angoisse face à Parcoursup

C’est bientôt l’ouverture de Parcoursup.

Cette grosse machine algorithmique, un peu mystérieuse, qui permet l’entrée dans les études supérieures, donne bien du fil à retordre aux adolescents et à leurs parents. Du 22 janvier au 2 avril, ce sera le moment des questions existentielles, qui peuvent être angoissantes, et se révéler aussi source de conflit entre les parents et les adolescents.

Il s’agit bien de questions existentielles en effet. Après le bac, dernier rite de passages de nos sociétés individualistes, le jeune adolescent devient un jeune adulte. Une de ses épreuves initiatiques consiste à « choisir sa voie« .

Il y a en effet pléthore de possibilités qui s’offrent à lui, qui mènent à des métiers dont la plupart méconnus, mystérieux voire incompréhensibles.

Ma fille est « consultante en IT et Telecom » chez Orange. Quand elle a commencé en LEA  Anglais- espagnol à l’Université, elle aimait juste les langues et n’imaginait pas du tout se retrouver là, elle ne savait même pas que cela existait… Et avant d’arriver là, où elle est très contente, elle en a fait des choses, des tours et des détours.

Dans notre société, il y a une injonction à la réussite. « Tu as le choix, tu es responsable de tes choix et tu dois réussir ta vie, et être heureux ».

C’est clair que ça peut être angoissant. Les parents, qui sont souvent bien intentionnés, veulent « le meilleur » pour leur enfant. Ils veulent, plus ou moins consciemment, avoir leur mot à dire sur ses choix. « C’est toi qui choisit mais quand même, c’est dommage… »

« Choisis ce que tu veux, mais ton choix doit correspondre à ce qu’on imagine pour toi. »

Ou parfois, encore pire, c’est le jeune lui-même qui imagine que ses parents imaginent des choses pour lui.

Bref, c’est une vraie prise de tête.

Alors que faire?

Il faut d’abord faire les choses dans l’ordre:

1. Dédramatiser

Le choix de ses études dans Parcoursup ne va déterminer toute sa vie professionnelle, pour les cinquante ans qui suivent. N’a pas de lien direct avec le fait de réussir ou non sa vie. Il s’agit seulement de faire un choix pour l’an prochain, on peut se tromper, changer en cours de route, prendre des chemins de traverse… Demandez-vous plutôt ce qui vous ferait plaisir de faire l’en prochain. Pas de pression! On peut aussi expérimenter (« j’ai envie de faire psycho ») et se rendre compte compte que ce n’est pas pour soi finalement. On va dire alors « qu’on perd du temps ». mais par rapport à quoi? Pour arriver où? Est-ce qu’on a une date limite? Non, bien sûr. On ne perd jamais son temps, on expérimente, on apprend, on grandit.

2. Aborder les questions existentielles

Il faut d’ailleurs profiter de cette occasion pour aborder les questions existentielles. « Existentielles » venant d’existence. Qu’est-ce que je veux faire de ma vie?

Voici une liste de questions, non exhaustives, à aborder avec soi et en famille. C’est aussi pour les parents l’occasion de revisiter leur parcours professionnel, leurs valeurs, ce qui les motive, etc.

  • Que veut dire « réussir » ?
  • Est-ce que « réussir » a le même sens pour moi, pour mon entourage familial, pour mon entourage professionnel, pour les professeurs, pour mes amis?
  • Quelles sont mes valeurs, mes rêves, mes besoins? (besoin d’indépendance? besoin de se sentir utile?besoin de cadre? besoin de créativité?,etc.)
  • Quelles sont mes ressources? Qu’est-ce que je fais bien, qu’est-ce qui me rend heureux?
  • Quelle est ma personnalité profonde?
  • Quelles sont mes peurs, quels sont mes freins?

Quand il s’agit d’orientation, on se contente bien souvent de choisir un chemin connu et familier (médecine, ou ingénieur, ou on choisit la même voie que ses parents) ou le chemin que l’institution scolaire nous propose en fonction de nos résultats (nous propose ou nous interdit aussi). Ou on choisit une voie qui « laisse toutes les portes ouvertes ». On repousse le choix.

On a aussi des croyances limitantes, des pensées, des phrases qu’on a entendues et qu’on croit vraies.

Un exemple personnel: dans mon proche entourage, il y avait un jeune homme qui faisait 10 heures de danse par semaine depuis l’âge de 4 ans, qui aimait ça et qui y excellait. Il a néanmoins été en Terminale S (où il ne se sentait pas à sa place, et ce qu’il y faisait ne l’intéressait pas). Bien qu’admis au Conservatoire, il a hésité longtemps, parce que sa croyance c’était « danseur, ce n’est pas un vrai métier ».

Un de mes clients est venu me voir pour un coaching de motivation. Il était en prépa BCPST pour préparer le concours de l’école vétérinaire, mais n’arrivait pas du tout à se mettre au travail. Mais pourquoi s’est-il retrouvé là, alors que visiblement ce n’était pas du tout ce qu’il avait envie de faire, en tout cas, il n’arrivait pas à trouver la motivation. Deux axes de réponses: tout d’abord, il n’avait pas d’idées précises de ce que c’est qu’être vétérinaire. Le but lui semblait confus, mystérieux. Ensuite, il était là, parce qu’au moment de Parcoursup l’an dernier, il avait exprimé le souhait de travailler avec les animaux. Tout le monde dans son entourage proche, dont son grand-père qui avait un fort ascendant sur lui, lui a dit « bon alors, tu dois devenir vétérinaire ». Mais il y a plein de façons de travailler avec les animaux. Or ce jeune avait plutôt envie de les observer, d’être dans des grands espaces, faire des safaris par exemple… l’injonction familiale de devenir vétérinaire lui est tombée dessus, brisant ses véritables besoins. Après, en devenant vétérinaire, il peut sans doute s’orienter vers ce qui lui plaît, mais si on ne le reconnecte pas à son vrai désir, il ne va pas trouver la motivation pour faire des études en prépa qui demandent de mettre de côté ses envies immédiates, pour travailler. En plus il n’avait pas de méthodes efficaces mais c’est une autre histoire.

3. Avoir plusieurs plans

Justement, c’est intéressant d’avoir plusieurs plans, qui peuvent servir un même but. Il y aura plusieurs façons d’y arriver, et si celle qu’on choisit en premier ne nous permet pas d’y arriver, il y en aura d’autres. Encore faut-il identifier le but, l’étoile, ce qui est très important pour soi.

Par exemple, derrière le désir de faire médecine peut se cacher plusieurs choses:

  • se sentir utile
  • soigner les gens
  • aider les gens à être mieux dans leur corps
  • aider les gens à être plus heureux
  • vaincre le cancer, le sida, les maladies incurables pour l’instant
  • gagner de l’argent
  • être reconnu socialement

Il y a d’autres moyens de satisfaire ces désirs. Soigner les gens cela peut être devenir médecin généraliste, oncologue, mais aussi infirmière, sage-femme, kinésithérapeute, psychologue, art-thérapeute, ostéopathe, réflexologue, sophrologue, etc.

Il y a plein de façons d’être reconnu socialement ou de gagner de l’argent.

Donc, essayez d’identifier le désir, le rêve, derrière le type d’études choisies.

En conclusion

Le choix peut faire peur, et paralyser. Mais ne pas faire de choix est encore pire. Au lieu de repousser l’heure du choix, apprenons plutôt à choisir. Accompagnons nos enfants à choisir.

Faire un choix permet d’avancer, mais ce n’est pas dramatique, il y a toujours d’autres voies qui vont s’offrir à nous. La vie est riche de surprises et d’opportunités.

  • Dédramatiser et accompagner le choix
  • Se donner le droit à « l’erreur » (on ne perd pas du temps, on s’enrichit et on apprend)
  • Se poser des questions existentielles et y répondre: trouver ce qu’on a envie de faire dans le monde
  • Imaginer plusieurs chemins pour arriver au but.

Pour finir, un petit jeu

Comment déterminer ses valeurs?

1ère étape

Parmi les valeurs de la liste suivante, sélectionnez-en 20 qui vous correspondent. Si vous n’en trouvez pas 20, complétez avec d’autres valeurs aux quelles vous pensez:

Abondance, accomplissement, action, adaptation, affirmation, amitié, amour, apprentissage, autarcie, authenticité, autonomie, autorité, aventure, beauté, bien-être, bienveillance, bonté, calme, compassion, confiance, confort, conscience, coopération, courage, créativité, découverte, dévouement, discipline, discrétion, don, douceur, éducation, efficacité, égalité, élégance, enthousiasme, entraide, équilibre, espérance, éveil, excellence, expérimentation, exploration, famille, fidélité, flexibilité, force, générosité, honnêteté, honneur, humanité, humour, indépendance, influence, innovation, inspiration, intégrité, intelligence, invention, joie, justice, liberté, maîtrise, maturité, méditation, mobilité, optimisme, originalité, paix, passion, perfection, performance, persévérance, plaisir, prospérité, puissance, qualité, réalisme, recherche, régularité, respect, responsabilité, réussite, sagesse, sécurité, sensibilité, sérénité, silence, simplicité, sincérité, sociabilité, solidarité, stabilité, succès, tendresse, tolérance, transmission, universalité, utilité, vérité.

2ème étape

Éliminez de votre liste ce qui pour vous est plus de l’ordre du besoin ou de l’obligation.
Classez les valeurs restantes par ordre d’importance.

Ne gardez que les trois premières.

3ème étape

Comment ces valeurs se manifestent dans votre vie? A quoi devez-vous faire attention pour les respecter?