Escalier

Au bout de la cuisine, chez ma grand-mère, il y avait une porte abîmée, qui fermait mal.

Chaque fois que je passais devant, je retenais ma respiration et pressais le pas.

C’est-à-dire plus de cent fois par jour dans mes allers-retours incessants au jardin.

Je tâchais de ne pas tourner la tête, pour ne pas voir.

Certaines fois, ma grand-mère, affairée à préparer une tarte pour le dessert, me demandais d’aller lui chercher un petit pot de gelée de pommes.

Cela voulait dire, ouvrir la porte maudite, descendre l’escalier sans lumière et sale, manquer de tomber sur les marches branlantes, pour se retrouver dans la cave au sol en terre battue, humide et effrayante.

Cela sentait l’humidité, le moisi, et d’autres odeurs que je ne parvenais pas à comprendre.

Les confitures étaient dans une autre pièce encore plus loin, il fallait traverser la première pièce et se retrouver de l’autre côté… dans une pièce totalement aveugle.

J’entendais des chuchotements, des rires étouffés (ou des pleurs ?), des mains invisibles me frôlaient.

Tremblante de peur j’attrapais au hasard un pot poussiéreux sur l’étagère et remontais à tout allure sans me retourner, de crainte de rester à jamais parmi les sorcières et les rats.

Je remontais parmi les humains, à l’air libre, dans la cuisine inondée de soleil.

Je posais le pot sur la table, et je sortais, chercher du réconfort au fond du champ.

Je me gavais de framboises et je me sentais fière et épuisée.

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