Enseignement et COVID-19 – Partie 3

Depuis quatre semaines maintenant tous les établissements scolaires et universitaires sont fermés, les élèves et les étudiants sont confinés chez eux, et continuent tant bien que mal à étudier.

Cela a posé un certain nombre de difficultés et permet de se poser, enfin, des questions sur l’enseignement.

Dans cet article je passe en revue certaines des difficultés rencontrées, qui peuvent malheureusement accentuer les inégalités, et je livre quelques réflexions sur la finalité de l’enseignement : contenu, sens ou processus?

Les difficultés techniques

L’école ou l’université à la maison ce n’est pas évident d’abord pour des raisons techniques: il faut disposer d’un ordinateur, d’une bonne connexion et d’un coin tranquille pour travailler. Il y a encore pas mal de zones blanches en France, de connexions lentes; souvent on doit partager la connexion ou l’ordinateur avec les différents membres de la famille, puisque chez beaucoup, les parents sont également en télétravail, et il y a des frères et soeurs. Difficile de se concentrer sur son devoir de maths avec les parents qui sont en visio conférence à côté! Parfois le temps de chargement des documents est très long, ce qui est une perte de temps et une source de stress. Vous aurez remarqué qu’il est difficile de faire autre chose quand on attend qu’un document se charge?

Il y a eu également des difficultés techniques du côté des enseignants, à qui il a été demandé, du jour au lendemain de basculer en enseignement à distance, ce qui ne s’improvise pas. Il a fallu trouver les bonnes plateformes, les bons canaux de communication. Je salue d’ailleurs la grande réactivité des professeurs qui se sont donnés à fond et en un temps record pour maintenir cette fameuse « continuité pédagogique« .

Les difficultés relationnelles

Les difficultés viennent, particulièrement pour les adolescents, du fait d’être privés de contacts avec leurs amis.

Rester confiné avec sa famille n’est pas toujours simple à cet âge. Même si on adore son petit frère, vient immanquablement le moment où on en peut plus de l’entendre jouer, crier, courir… L’être humain est avant tout social, et réduire ses contacts drastiquement peut mener à la tristesse, voire à la dépression. Bien sûr, certains sont contents de ne pas aller à l’école (au début en tout cas) et se plaisent dans leur famille, heureusement!

Souvent les parents prennent en charge ce temps de travail avec leurs enfants, et font « l’école à la maison« , au moins dans le cas d’enfants scolarisés au primaire ou au collège. De même qu’enseigner à distance ne s’improvise pas, faire l’école à la maison, tout en continuant son travail, est très difficile. Les parents qui sont dans cette démarche (hors temps de confinement) le font après une période de réflexion, c’est un choix de vie et se sont organisés pour.

Déjà, en temps normal, le temps des devoirs est souvent problématique, source de cris et de disputes, là, c’est comme si le temps des devoirs c’était tout la journée! Chapeau aux parents qui ont su faire face avec bonne humeur et bonne volonté!

Le cercle des équilibres de vie est totalement transformé: plus d’école, plus d’amis, trop de famille. Le travail scolaire en pâtit.

De plus, les échéances d’examens ou de concours sont reportées ou annulées, il n’y a plus de notes (même si les devoirs sont notés pendant le confinement, les notes ne « compteront pas »), difficile alors de garder sa motivation.

 

Les difficultés pédagogiques, ou pas, suivant le style d’apprentissage

Comment apprend-on? Pas tous de la même façon. Pour certains, ce sera par la lecture, dans la solitude. Pour d’autres ce sera par la pratique, en groupe. Ou par la lecture en groupe et la pratique, l’entraînement seul…

Certains auront besoin d’une personne comme vecteur de la connaissance. Ecouter un professeur en classe, ce n’est pas la même chose que lire un cours chez soi, même dans le cas où c’est mot à mot la même chose.

Prenons l’exemple des activités sportives. Certains arrivent à faire de la gym tous les matins ou à courir seul, d’autres préfèrent aller à la salle de sport, d’autres encore avoir un cours de gym, ou faire partie d’un club pour courir.

C’est la même chose pour les apprentissages scolaires.

Alors, oui, certains enfants, certains étudiants, trouvent beaucoup plus leur compte dans le confinement. Ils aiment être seuls, apprendre à leur rythme, sans cadre imposé. Mais d’autres sont tout bonnement incapables d’apprendre quoi que ce soit dans ces conditions. Ils ont besoin de cadre, de contacts, de voir et d’entendre quelqu’un. C’est intéressant de se rendre compte que l’on n’est pas tous pareils, et également d’en profiter pour prendre  conscience de ses préférences. Qu’est ce qui manque le plus à votre enfant en ce temps de confinement?

Vous trouverez dans cet article sur les intelligences multiples dans l’apprentissage, des idées et des outils pour repérer ce qui vous motive pour apprendre.

Comment les pratiques d’enseignement peuvent évoluer après le confinement?

C’est clair que le confinement marquera une rupture, dans bien des domaines. Dans le domaine de l’enseignement, va immanquablement se poser la question du rôle du professeur, et de la finalité de l’enseignement. Même si ces questions étaient soulevées avant le confinement, jamais le travail à distance, la classe inversée, n’avaient été expérimentées sur une si grande échelle.

Dans cet article, des pistes de réflexion autour de l’enseignement à distance.

Une réflexion découverte sur le net: « On a l’impression que, face à la peur de l’ennui, nous nous sommes donné un accès illimité à tout, sans régulation. C’est open bar, sans limite. » Le 24 mars, quelques jours après le début du confinement, et alors que les annonces de mise à disposition de contenus gratuits se sont multipliées dans tous les domaines – éducatif, culturel, bases de données, archives…- Alain Goudey, directeur de la transformation digitale à Neoma Business school, temporise : « L’accès au contenu, ce n’est pas le sujet, aujourd’hui. Le sujet, c’est comment on oriente et comment on accompagne nos étudiants face à cette pléthore d’outils, de plate-formes et de contenus. »

En effet, à notre époque, on trouve du contenu partout, du contenu gratuit, du contenu payant, du contenu mis en ligne par des professeurs, (voir cet article du Parisien)par des universités (les MOOC), bref, les offres ne manquent pas. C’est la magie d’internet.

Le problème de notre époque, ce n’est pas le contenu, c’est le sens et le processus!

Cette crise va peut-être permettre une prise de conscience dans l’Education Nationale! A l’époque, j’ai écrit un article sur le rôle du professeur, et le curseur contenu, processus, sens dans l’enseignement. Voir ici.

La difficulté actuelle, confinement ou pas, c’est de se repérer dans les différents contenus, de distinguer les contenus utiles, pertinents, des autres, les contenus fiables également. Pour s’y retrouver, je vous conseille de faire appel aux promeneurs du net.  Les promeneurs du net sont des éducateurs, animateurs, professionnels qui sont là pour écouter, conseiller, accompagner, prévenir, pas pour juger.

Une autre difficulté, par exemple dans le domaine des mathématiques, c’est de savoir quoi faire de tous ces contenus, et comment travailler avec. Il ne suffit pas de voir des vidéos « où c’est super bien expliqué », de manière ludique et informelle, pour comprendre vraiment. Il faut encore savoir se poser les bonnes questions pour comprendre, pour savoir si on a bien compris. Quelques pistes dans cet article.

L’autre piège, ce sont les sites « d’exercices corrigés ». Car on va en général très vite à la correction, et souvent, on « comprend » la correction. Mais on ne serait pas capable de le refaire… Et surtout, on ne sait pas quelles sont les réflexions qui ont amené le correcteur a suivre ce raisonnement. Comment a-t-il fait pour trouver? On peut passer du temps à travailler sur ces sites d’exercices corrigés, avoir l’impression de tout comprendre, et pourtant ne pas réussir en devoir surveillé. Un grand classique…

Un rôle que pourrait endosser le professeur à l’avenir, serait celui d’enseignant/coach. Etre plus centré sur le processus (comment on fait pour réfléchir, pour comprendre, pour apprendre) que sur le contenu (donner des définitions, des théorèmes). Donner du sens à son enseignement (comment les notions se situent dans l’histoire des idées, à quoi elles servent, dans les inventions techniques, mais aussi dans la formation de l’esprit).

Voilà ce que j’aimerais que soit l’Education Nationale, et voilà ce que je fais avec mes élèves dans mon cabinet.

Inscrivez vous à la newsletter !